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La machine à exclure

Le rapport qui vilipende l'école

En France, l'orientation scolaire est inefficace, prématurée et injuste... Tel est le verdict des sages de l'Education


 

L'atmosphère est plutôt compassée dans ce salon de la Bibliothèque nationale. Mais le président Bruno Racine ne mâche pas ses mots pour présenter le rapport annuel du Haut-Conseil de l'Education qu'il va remettre au président de la République. Au menu : l'orientation scolaire. 39 pages sur papier épais, dans une langue claire et sans complaisance. Il résume : «Dans le système éducatif actuel, le tri des élèves est précoce. L'orientation est fondée sur l'échec dans les matières abstraites. Le déterminisme social reste important. Les élèves modestes sont sous-représentés dans les filières prestigieuses.» Ainsi posé, le constat vaut dénonciation. Ce matin-là, Bruno Racine, grand commis de l'Etat, est en train de courtoisement dézinguer tout un pan du système éducatif français.


Cette liberté de ton est devenue une habitude. L'été dernier, le précédent rapport du HCE sur l'école primaire avait fait l'effet d'une bombe. Il révélait que 40% des élèves sortaient de CM2 avec de graves lacunes. Des chiffres connus des services du ministère, mais qui n'avaient jamais été officialisés. Prenant acte de ce bilan désastreux et indiscutable, le ministre Xavier Darcos s'est lancé depuis dans une réforme de l'école primaire qui, après beaucoup de remous, s'appliquera dès la rentrée.


L'histoire de cette instance iconoclaste commence en 2005. Cette année-là, la loi Fillon, reprenant une proposition de Claude Thélot, l'organisateur du Débat national sur l'Avenir de l'Ecole, crée un conseil de sages chargé d'éclairer la politique éducative. Les neuf membres sont désignés pour six ans par les plus hautes autorités de l'Etat. Ils n'appartiennent pas au sérail, même s'ils le connaissent par coeur, pour certains d'entre eux. On y trouve notamment Christian Forestier, président du Céreq, le Centre d'Etudes et de Recherches sur les Qualifications, Michel Pébereau, président du conseil d'administration de BNP-Paribas, ou deux universitaires qui enseignent l'un au Québec, l'autre à New York... «Des gens qui n'ont plus rien à prouver», note un proche du ministre. «L'ambiance n'est pas guindée, il y a une variété de regards, de perspectives, ça met de l'air dans la maison», reconnaît un expert en éducation récemment auditionné.


Le HCE peut faire des recommandations. En matière d'orientation. il propose, par la voix de son président, que les conseillers d'orientation-psychologues soient recrutés sur une base plus large et inspectés comme les professeurs... Le ministre Xavier Darcos est libre de s'en inspirer ou non. Mais dans sa volonté de révision générale de la machine éducative, il peut l'utiliser comme un levier. Les affaires de l'école avaient longtemps été gérées en interne. L'irruption de ce Haut- Conseil de l'Education dans un système empêtré dans ses lobbys apporte une grande bouffée d'air frais. «Et l'année prochaine, sur quoi portera votre rapport ?» demande un journaliste dans la grande salle de la Bibliothèque nationale. «L'enseignement professionnel», répond Bruno Racine. Ca tombe bien, c'est un des chantiers ouverts par le ministre.

 

 

Caroline Brizard
Le Nouvel Observateur

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