SYMBOLE DES DANGERS ET DE LA FAILLITE DE LA POLITIQUE MIGRATOIRE DU GOUVERNEMENT
Romano Kanda, sans papiers Angolais vivant en Seine-et-Marne, père d’un petit garçon de 22 mois, arrêté le 18 mars à l’hôpital de Lagny quasiment au chevet de la fille de sa compagne à qui il rendait visite a été libéré sans explication aujourd’hui 22 mars vers midi.
Entre-temps il avait été placé en rétention au Mesnil-Amelot, la police avait procédé à deux perquisitions au domicile de proches pour tenter de mettre la main sur son passeport. Il avait été expulsé vers la RDC le 21 mars, sans passeport mais avec un vieux laissez-passer consulaire congolais alors qu’il est de nationalité angolaise et que le ministère le sait.
Résultat : à leur arrivée à Kinshasa Romano Kanda et son escorte de policiers ont été priés de faire demi-tour et de rentrer « illico presto » à la maison. Combien de milliers d’euros l’escapade (billets d’avion, frais de personnel, heures supplémentaires, repos compensateurs, etc) ? Ce brillant résultat est le produit direct de l’inepte politique du chiffre initiée par M. Sarkozy alors ministre de l’Intérieur.
Chaque préfecture reçoit un nombre d’expulsions à faire, fixé annuellement, à l’unité près. La pression se répercute tout au long de la chaîne hiérarchique. Chaque unité a son objectif à atteindre. Résultat : le chiffre prime tout. Et tant pis s’il faut procéder à des rafles au faciès ou à des arrestations à l’hôpital ou s’il faut décider que tel est congolais parce que c’est plus commode qu’angolais.
Précisons qu’il n’est, dans cette affaire, pas question d’erreurs commises par des subalternes. Le cabinet du ministre a été informé et a justifié la décision d’expulser Romano bien qu’il soit père d’un enfant né en France, beau-père de deux autres nés en France eux aussi, qu’il vive ici depuis bientôt 10 ans. Plus même, le cabinet du ministre cautionnait l’arrestation de Romano à l’hôpital au prétexte que sa compagne aurait exprimé devant les policiers la crainte qu’il ne « soustraie » sa belle fille. Mimi, la mère de l’enfant « menacée » de « soustraction » dément formellement cette invention délirante et calomniatrice.
C’est cependant un classique : il est plus confortable moralement d’expulser des voyous que des honnêtes gens. Il suffit donc de colporter des rumeurs, de se fonder sur des rapports de police de seconde main, de prendre des airs entendus et on fait de chacun un individu peu recommandable. De retour à Roissy avec son prisonnier, la police s’est trouvée bien embêtée : silence radio.
La compagne de Romano et les militants du RESF sur place depuis 6 heures du matin n’ont trouvé aucun interlocuteur pendant plusieurs heures. Impossible de savoir si Romano était en France, et quel était son sort. Mise en demeure de respecter les textes qui veulent (et c’est bien le minimum !) que les familles sachent ce qu’il advient à leurs proches et surtout soumise aux questions de la presse mobilisée par ce cas étonnant, la préfecture de Seine-et-Marne finissait pas avouer vers 10 heures que Romano avait bien été ramené en France, qu’il était en garde à vue et serait jugé en comparution immédiate.
Puis, brutalement, vers midi, nouveau coup de théâtre : l’avocate de Romano apprenait de la PAF qu’il venait d’être libéré, sans son téléphone et sans un sou. Mais libéré quand même et, apprenait-on ensuite, sans qu’aucune poursuite soit engagée contre lui. Champagne !
Difficile de dire la joie et l’émotion de ses proches et de ceux qui l’ont soutenu. La victoire n’est pourtant pas totale. Peut-être pour sauver la face, la préfecture de Seine et Marne le menace d’une nouvelle mesure d’expulsion. Le ministère qui en réalité pilote cette affaire doit le régulariser sans tergiverser davantage. Pourtant, au-delà de la satisfaction d’avoir empêché une administration malfaisante d’agir, reste une question : de quel droit ? Tout le monde est évidemment très heureux de cette issue, mais pourquoi Romano plus qu’un autre ? En réalité, cette affaire illustre ce que le gouvernement appelle le cas par cas.
L’expression est censée évoquer un examen attentif de la situation de chacun. En réalité, il n’en est rien et l’affaire de Romano le prouve : quand personne n’en parlait, Romano était un quasi gibier de potence, tout juste bon à expulser dans n’importe quelles conditions vers n’importe quelle destination. Du jour où la mobilisation fait que son cas est médiatisé et devient emblématique, il est ramené en France, puis libéré en catimini. Encore une fois : de quel droit ? Au nom des intérêts politiques d’un ministre et d’un gouvernement qui jouent des tentations xénophobes et piétinent les droits fondamentaux pour tenter de colmater les brèches. S’ils l’estime de leur intérêt, ils expulsent, y compris dans les conditions les pires. Si au contraire, ils le pensent utile, ils dispensent de peine, voire régularisent. Pour ces gens-là, le cynisme et l’utilitarisme tiennent lieu de morale