M. Darcos : les enseignants " méritent mieux " que leurs syndicats Le ministre de l'éducation n'a pas hésité à brocarder, jeudi 20 novembre, les syndicats après une journée de grève particulièrement bien suivie dans l'enseignement primaire A la journée de grève des enseignants contre la politique éducative du gouvernement et la poursuite des suppressions de postes, jeudi 20 novembre, Xavier Darcos a décidé d'opposer la fermeté.
Le ministre de l'éducation s'est appliqué à minimiser l'importance de cette grève, pourtant très suivie, particulièrement dans l'enseignement primaire. " Le monde et la France avancent plus vite que les cortèges ", a-t-il déclaré le matin sur RTL, alors que son entourage soulignait le caractère rituel des " grèves de novembre " dans l'éducation nationale. Le ministre qui, depuis sa nomination, avait souvent présenté les syndicalistes comme des " défenseurs de l'école républicaine ", n'a pas craint cette fois de les heurter de front. " Les professeurs, a-t-il dit, méritent mieux que d'avoir des syndicats dont la fonction principale est d'organiser la résistance au changement comme si le monde ne changeait pas autour de nous. "
M. Darcos s'est toutefois heurté à une autre sorte de résistance : celle de nombreuses municipalités, principalement de gauche, qui n'ont pas voulu ou pas pu mettre en place le service minimum d'accueil, jeudi, pourtant rendu obligatoire par la loi du 16 août 2008 dès lors que plus de 25 % des personnels sont en grève. M. Darcos s'est fait menaçant, évoquant des décisions de tribunaux administratifs du sud de la France qui, saisis sur le non-respect du service minimum d'accueil, auraient " créé des astreintes de 10 000 euros par heure ". " RÉFORME DE TROP " Comme de coutume, le ministère s'oppose également aux syndicats sur les chiffres de participation au mouvement. Il estime à 33,39 % la participation de l'ensemble des enseignants (primaire et secondaire). C'est dans le premier degré que l'impact du mot d'ordre de grève a été le plus fort : 48,62 % de participation, selon le ministère, 69 %, selon le syndicat majoritaire.
Dans le second degré, la moyenne de participation est de 21,26 %, selon le ministère et plutôt de près de 50 %, selon les syndicats. La manifestation parisienne a rassemblé 40 000 personnes selon les syndicats, seulement 9 000 selon la police. Mais d'autres manifestations ont eu lieu dans les grandes villes de province (Bordeaux, Marseille, Lyon, Toulouse, Nantes, Grenoble...) et, sur l'ensemble du territoire, l'estimation par la police du nombre de manifestants est de 163 000. Les syndicats ont prévu de se retrouver vendredi pour décider des suites de cette journée. Pour eux, cette grève est " l'une des plus massives de ces dernières années ". Ceux du primaire, où l'amorce de suppression des réseaux d'aides aux élèves en difficulté (Rased) semble être la " réforme de trop ", ont voulu innover en adressant au ministre un " préavis de négociations " lui " donnant " cinq jours pour ouvrir des discussions. Les " railleries ", selon l'expression de l'UNSA, de M. Darcos ont exaspéré les syndicalistes, mais aussi, selon des témoignages nombreux et concordants, une majorité des professeurs " de base ", y compris ne faisant pas grève, dissuadés par la perspective de perdre une journée de salaires. Pour Luc Bérille, secrétaire général du SE-UNSA (syndicat des enseignants), " une faille s'est clairement creusée entre le ministre et ses enseignants ".
Article de Luc Cédelle, extrait du monde de samedi 22 novembre.
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