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Plus la famille est nombreuse, moins l'ascenseur social fonctionne

Avoir des frères et sœurs constitue-t-il un " handicap " social ? C'est la question que se sont posée Dominique Merllié, professeur de sociologie à Paris-VIII, et Olivier Monso, administrateur à l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Au a terme d'une étude rendue publique par l'Insee, jeudi 15 novembre, les deux chercheurs a cconstatent que les enfants nés au sein de familles nombreuses ont des destins sociaux moins " réussis " que les autres. " Avoir peu ou pas de frères et sœurs correspond globalement à des situations sociales plus favorables ", résument-ils.

 

MM. Merllié et Monso se sont appuyés sur les enquêtes " Formation et qualification professionnelle " de l'Insee. Depuis 1977, l'Institut demande aux personnes interrogées de préciser s'ils avaient des frères et sœurs à l'époque où ils ont quitté l'école ou l'université : les demi-frères et les demi-sœurs sont pris en compte, comme ceux qui ne vivaient pas sous le même toit ou ceux qui sont décédés. " Cette enquête constitue la source statistique la plus riche pour étudier la mobilité sociale en France ", soulignent les deux chercheurs.

 

Leur étude montre que la réussite sociale est intimement liée à la taille de la famille : les enfants issus d'une famille nombreuse - plus de quatre frères et sœurs - deviennent plus souvent ouvriers pour les hommes et employées pour les femmes, moins souvent cadres ou professions intermédiaires. " Ils ont des diplômes moins élevés, mais aussi plus souvent professionnels et, en conséquence, des revenus du travail inférieurs, une exposition plus grande au chômage et un taux d'inactivité plus élevé ", notent MM. Merllié et Monso.

 

CORRÉLATION

 

Ces destinées sociales sont-elles véritablement liées à la taille de la fratrie ou sont-elles l'écho du fait que les milieux populaires ont plus d'enfants que les autres ?

 

C'est ce qu'ont étudié les auteurs en " neutralisant " les origines sociales. Et leur conclusion est claire : quel que soit le milieu d'origine, les enfants issus de fratrie restreinte ont une destinée sociale plus " réussie " que ceux qui viennent d'une famille nombreuse. Ainsi, en 2003, parmi les fils d'ouvriers âgés de 40 à 59 ans, 36 % de ceux qui comptaient au plus un frère ou une sœur sont devenus ouvriers, contre 41 % de ceux qui en comptaient deux ou trois et 55 % de ceux qui en comptaient plus de quatre. Les deux chercheurs relèvent le même phénomène dans les catégories plus aisées. « Les enfants de cadres semblent moins exposés au risque de mobilité descendante lorsqu'ils ont peu de frères et sœurs », résument MM. Merllié et Monso.

 

Comment expliquer cette corrélation ? Est-ce parce que les " ressources " affectées à chaque enfant - une chambre à soi, un véritable soutien scolaire, des parents plus disponibles - sont plus faibles dans les familles nombreuses ? Est-ce parce que les enfants uniques ou peu nombreux sont plus souvent " plongés dans une société d'adultes ", ce qui favorise leur " développement intellectuel et social " ? Les deux chercheurs évoquent longuement ces hypothèses mais ne tranchent pas.

 

Ils en examinent une troisième, plus " culturelle ". Les parents qui se soucient le plus de l'avenir, et qui exercent une pression scolaire sur leurs enfants, seraient-ils plus enclins à en contrôler le nombre ? " Cette interprétation conduit à distinguer des rapports diversifiés au temps et au monde, entre une forme qui, projetant moins dans l'avenir, laisse venir les événements (et les enfants), et une attitude plus active et anticipatrice, qui vise à la maîtrise de l'avenir dans tous les aspects de l'existence, qu'il s'agisse de planifier une carrière professionnelle ou la dimension et la destinée de la famille ", notent les auteurs.

 

Anne Chemin – LeMonde.fr (16 novembre 2007)

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